
Je m'aperçus que Sanchez se concentrait sur notre conversation avec une intensité toute spéciale. Quand je prenais la parole, il me regardait intensément, sans ciller. Quand c'était au tour de Julia, il faisait de même avec elle. Il semblait agir ainsi délibérément. Je me demandais pourquoi quand il y eut soudain un trou dans la conversation. Ils me regardèrent tous deux avec l'air d'attendre quelque chose.
- Qu'y a-t-il? interrogeai-je.
Sanchez sourit.
- C'est votre tour de parler.
- Devons-nous prendre la parole à tour de rôle ?
- Non, dit Julia, nous sommes en train d'avoir une conversation consciente. Chacun parle quand l'énergie se dirige vers lui. Nous savons qu'elle s'est dirigée vers vous.
Je restai interdit.
Sanchez me regarda avec un air chaleureux.
- Une partie importante de la huitième révélation explique comment avoir une conversation consciente dans un groupe. Quand plusieurs membres d'un groupe se parlent, s'ils sont attentifs, ils doivent sentir à chaque instant lequel d'entre eux a l'idée la plus forte; ils sentent alors qui va parler et peuvent concentrer leur attention sur cette personne, et l'aider à s'exprimer avec une clarté supérieure.
- Puis, tandis que la conversation se déroule, ce sera au tour d'un autre d'avoir une idée forte, etc. Si vous êtes très attentif, vous saurez quand vient votre tour et l'idée vous viendra à l'esprit.
Sanchez regarda Julia qui demanda:
- Quelle était donc cette idée que vous n'avez pas exprimée?
Je réfléchis.
- Je me demandais pourquoi le père Sanchez regardait aussi intensément la personne qui parlait. Je me demandais ce que cela voulait dire.
- L'essentiel, dit Sanchez, c'est de vous exprimer quand vient votre tour, et de projeter de l'énergie quand c'est au tour d'un autre.
- Bien des choses peuvent aller de travers, admit Julia. Au milieu d'un groupe, certaines personnes se mettent à avoir la grosse tête. Elles ressentent la force d'une idée, elles l'expriment, mais, parce que cet influx d'énergie est très agréable, elles ne s'arrêtent plus de parler, alors que l'énergie aurait dû se diriger vers un autre. Elles veulent monopoliser l'attention.
- D'autres, au contraire sont repoussées par le groupe. Même si elles ont une idée forte, elles ne l'exprimeront pas. Dans ces cas-là, le groupe se disloque, et le bénéfice des idées est perdu pour tous. La même chose se produit quand certains membres du groupe ne sont pas acceptés par les autres. Ceux qui sont rejetés ne peuvent pas recevoir de l'énergie, et le groupe ne reçoit pas leurs messages.
Julia s'interrompit et regarda Sanchez. Je fis de même. Enfin, il commenta:
- La manière dont les gens sont exclus est importante. Si nous n'aimons pas quelqu'un ou si nous sentons qu'il nous menace, nous avons tendance à nous concentrer sur quelque chose que nous n'aimons pas en lui, quelque chose qui nous irrite. Malheureusement, quand nous faisons cela au lieu de rechercher sa beauté intérieure et de lui donner de l'énergie, nous lui prenons de l'énergie et nous lui faisons du mal. Et tout d'un coup, il se sent moins beau, est moins confiant, parce que nous lui avons pris son énergie.
Julia dit :
- C'est pourquoi corriger cette façon d'être est capitale. Les hommes se font vieillir les uns les autres à une vitesse terrifiante à cause de leur esprit de compétition.
Sanchez reprit :
- C'est le contraire de ce qui se passe dans un groupe vraiment fonctionnel. L'énergie et la vibration de chacun augmentent grâce à l'énergie envoyée par tous les autres. Quand cela se produit, le champ d'énergie de chacun se mélange à celui des autres pour n'en faire qu'un seul. On dirait que le groupe ne fait plus qu'un seul corps, avec plusieurs têtes. Parfois c'est une tête qui parle pour le corps. Parfois une autre. Mais, dans un groupe comme celui-ci, chacun sait quand il doit parler, et ce qu'il doit dire, parce qu'il voit la vie plus clairement. C'est l'être supérieur dont parle la huitième révélation, à propos des relations amoureuses qui unissent un homme et une femme. Mais d'autres relations peuvent engendrer cet être supérieur.
James Redfield, La Prophétie des Andes, Ed Robert Laffont, Paris, 1994 p 277-279
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