
[12 mai 2009: Il y a maintenant des photos !!!!
Site Ardèche- extérieur ]
Ce que j’ai tout de suite remarqué en descendant de la voiture ce sont les deux pins au bord de la route : deux pins isolés, plus très jeunes, très grands, séparés de 4 à 5 mètres. Le vent avaient été durs avec eux: ils ne restaient de leur houppiers que deux toupets … L’un des deux pins était tout droit, l’autre, lui ,avait poussé de telle sorte que sa tête touchait celle de son compagnon … Et le vent , fort, faisait balancer leurs têtes l’une contre l’autre : on aurait vraiment dit deux tourtereaux se bécotant inlassablement …..
Et nous voilà, partis à pied, guidés par Hélène, dans cette belle forêt de pins. Le chemin est assez large et descend. Au début la pinède est jeune mais plus nous descendons, plus les arbres prennent un âge respectable, leurs grands fûts s’élancent vers le ciel avec détermination et je me sens vraiment bien : le soleil est là, les grands pins s’agitent lentement dans le vent, l’odeur de résineux est présente aussi, mais subtile car il ne fait pas encore assez chaud pour qu’elle puisse se révéler tout à fait…
Soudain, je distingue vaguement à travers les broussailles la forme et la couleur d’une voiture : en fait c’est une vieille carcasse de voiture abandonnée depuis bien longtemps: elle se trouve sur une sorte de promontoire, nous nous avançons … et le hameau se découvre…. Impressionnant…. On croirait rentrer dans un autre siècle : le décor est vraiment celui dont un cinéaste pourrait rêver pour faire revivre une scène de campagne au 18ième siècle. En fait il y a deux masses de bâtiments, chacune quasiment d’un seul bloc…. On voit qu’il s’agit de constructions qui ont été faites par ajouts successifs : mais l’ensemble est toujours harmonieux car la pierre d’Ardèche, ocre, fait le lien entre tout cet entremêlement. Nous sommes tous comme des enfants en descendant la pente qui nous amène plus près.
Nous savons qu’il n’y a plus personne, la dernière habitante, une très vieille dame, parait-il un peu folle, étant décédée il y a quelques années….
Nous pénétrons dans les lieux. Il y a un petit chemin entre les deux groupes de constructions, ce chemin est étroit, biscornu…. Soudain, un tunnel, comme celui d’une grotte s’offre à nos regards : c’est profond, très profond. Catherine, toujours aventureuse, s’enfonce dans le boyau suivie de Marina. Je les suis, intrigué, car je ne comprends pas : le tunnel, grossièrement taillé se poursuit sur plus de 10 mètres mais nous sommes limités dans notre progression par de l’eau ainsi que par le rétrécissement du boyau… nous en ressortons tous les trois qui intrigué, qui excité, qui interrogatif…..
Nous rattrapons le groupe qui se trouve en train d’admirer une petite source qui se déverse dans un grand bassin d’une dizaine de mètre-carré …. Nous comprendrons plus tard, au vu de trois pierres inclinées maçonnées dans la bordure, qu’il s’agissait du lavoir communautaire . Le bruit de l’eau qui tombe dans le bassin apporte une atmosphère de paix intense : nous sommes comme des enfants découvrant un lieu magique…
De plus le bassin se prolonge dans la terre par une sorte de passage ou un homme pourrait se glisser et qui mène on ne sait où : c’est vraiment très étrange….. Catherine s'excalame "tu imagines la joie des enfants dans un tel endroit !!"
Nous poursuivons notre visite : nous passons devant un vieux four à pain au trois quart démoli : toutes ses pierres noires de la fumée de nombreuses cuissons nous l’attestent… Derrière un vieux pressoir (à pommes pense-t-on) surmonté d’un énorme tronc servant de contrepoids….
La petite troupe commence à s’égrener, chacun allant et venant à son rythme, faisant le tour des bâtiments et rentrant par toutes les portes rencontrées :
je découvre ainsi une Vieille et belle cave voûtée.
Ce qui me frappe le plus c’est, malgré l’âge certain, la solidité de la construction : les murs sont en bon état, épais sans fissure, les toitures en majorité en tuiles à canaux ont l’air pour la plupart encore étanches, les poutraisons semblent tenir le coup : c’est tout une vie qui se déroule ici : ou plutôt une série de vies qui se sont sédimentées au cours des siècles.
Nous pénétrons soudain dans une cour intérieure qui, bien qu’encombrée de ronces et de broussailles, nous inspire à tous un sentiment de joie : c’est vraiment un endroit idéal pour au printemps, bénéficier du soleil à plein , bien protégés du vent…. Nous rentrons dans toutes les pièces… rien n’a semblé avoir été modernisé et tout date d’au moins un siècle….. Nous tombons par exemple dans une salle à manger avec une superbe cheminée de presque trois mètres de large et qui est tellement grande qu’une porte à été ouverte dans sa partie gauche pour rejoindre une autre pièce dans le fond !!
Soudain, j’entends Catherine dire… "Mais il y a quelqu’un qui est couché là"…. Je suis un peu troublé car je me demande s’il y a une personne en chair et en os où juste des traces …. C’est la deuxième hypothèse qui est la bonne : il y a bien un squatter dans le hameau.. heureusement pour nous il n’est pas là où notre venue l’a fait fuir.
Je me retrouve isolé avec Marina. Elle m’appelle, je la rejoins, elle est à l’entrée d’une porte à l’intérieur d’une pièce ou un rai de lumière l'illumine partiellement, elle me dit : « regarde comme c’est bizarre : je me déplace d’un mètre je ne vois rien, je reprends ma position : et tout le fond de la pièce s’illumine »:
Nous sommes comme deux enfants : je prends sa place, et comme en plus j’ouvre mon manteau et que mon chandail est d’un blanc immaculé : toute la pièce s’éclaire…. Grâce à cette manœuvre, je vois un petit ballon d’eau chaude et une ampoule électrique pendante dans un coin de la pièce : c’est la seule concession à la modernité que nous ayons rencontrée….
Je repars avec Marina, et elle me partage qu’elle ne sent pas bien dans des lieux aussi sombres et aussi anciens, je lui dis que moi non plus, à titre personnel, je ne souhaite plus vivre dans des choses aussi anciennes mais que dans la manière dont je conçois la dynamique de ce qui s’engage en ce moment, il faut avoir une vision de groupe et que ce qui se trouve là peut très bien convenir à certains….
Nous continuons notre visite et nous tombons sur une autre pièce qui était manifestement une meunerie : Imaginez comme une grosse roue de pierre large d’un demi-mètre prévue pour rouler sur le sol ; le tout tournant autour d’un axe vertical. Manifestement, pour entrainer cela, il fallait au moins un animal, un âne peut-être ?
Nous ressortons au soleil, Catherine est toute troublée, elle me prend dans ses bras et me dit qu’elle sent quelque chose de magique…. « Je cherche les sapins et le banc que j’ai vu en rêve il y a quelques années !! »…. « Heu là, ca sera plutôt des pins :!!!…. » « Oui, oui des pins !!!!! » Ah cette chère Catherine !!!
La visite terminée, nous regardons les environs, nous remarquons que le hameau est en haut d’une petite vallée qui doit faire environ ½ kilomètre de long et qui est orientée à peu-près nord sud. Au nord, c’est la forêt de pins, elle se prolonge sur une partie du versant est. La vallée descend en pente douce et nous apercevons au loin la fin du village de Mercuer … le paysage est donc à la fois ouvert et protégé….
Et voilà, c’est l’heure du départ, nous remontons tous le chemin dans les pins… Presque arrivé, Christian nous rassemble et lit le texte suivant: des groupes -révélations à shamballa chacun écoute en silence et repart vers le stationnement, perdu dans ses pensées.
En arrivant, Marie-Neige s’écrie : « Regardez les pins comme ils sont mignons tous les deux » et tous nous nous mettons à regarder les deux amants qui n’ont pas arrêté de se bécoter pendant toute la visite…et je suis certain qu’ils continuent encore….
Les femmes repartant sur Lyon, je quitte l'endroit avec Christian, nous repassons par Mercuer et finalement nous décidons de repartir à pied du bas du village pour remonter la vallée. Nous cherchons notre chemin et après quelques détours nous trouvons la bonne route.
Nous arrivons enfin au hameau et nous retournons directement à la source pour boire car la montée nous a assoiffés… Je m’aperçois qu’il y a deux jardins un au nord et un au sud des constructions. A eux deux, ils font près de 1000 m2 de quoi nourrir beaucoup de monde !… Je creuse avec un bout de tuyau : la terre m’a l’air bonne : limono-sableuse, parfaite pour un jardin car meuble et facile à travailler… le jardin sud à une terre plus foncée que le nord : il est plus riche en humus, ce doit être le dernier a avoir été cultivé….
Il y également des arbres, ils sont vieux mais pas morts : il y a des cerisiers et des pommiers me semble-t-il : ils sont sur le point d’être en fleurs. Ils pourront faire la transition avec les jeunes arbres qui devront être plantés pour les remplacer….
Il y a au moins une douzaine d’hectares…. Certains plantés en pins, d’autres sont humides de l’eau de la source et des roseaux sont sur le point de prendre leur départ… ; au fond de la ravine serpente un mince ruisseau…. Il n’est pas sur qu’il se maintienne en eau pendant les mois d’été… Nous redescendons, Christian et moi, pensif, dans l’air du soir ….
Mercuer, Ardèche 30 mars 2009
[Hautlivier]
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