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Texte Libre

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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /Mars /2010 15:00

Extrait du biocontact n°199 février 2010 p 48-50

Par Christian La Grange. Passionné d'architecture et de dessin depuis l'enfance, diplômé en architecture d'intérieur, puis constructeur de cabanons, adepte de la simplicité volontaire et habitant d'un écohameau (en Belgique) depuis 25 ans.

Texte inspiré de l'article « Vivre en habitat groupé, une autre manière de vivre l'écologie » par dans Les 4 Saisons du jardin bio de novembre-décembre 2008. Ce magazine est publié par Terre vivante (Domaine de Roud– 38710 Mens, tél.: 04.76.34.80.80, site: www.terrevivante.org).

Photos O Christian La Grange.

 

Aujourd'hui, les rapports de voisinage s'effilochent, créant un sentiment de solitude de plus en plus étouffant. Pourquoi ne pas imaginer une autre manière d'habiter, plus humaine et plus épanouissante, en réinsufflant le goût du collectif à l'acte d'habiter et en pratiquant les principes d'entraide mutuelle?

 

L`homme, mammifère social, a toujours vécu en groupe, il se construit

en relation avec quelqu'un. L'habi­tat groupé n'a pour autre ambition qu'une forme d'espoir dans une société trop souvent désolidarisée, une forme de convivialité à la portée de tous ceux qui acceptent de s'entraider au même titre que nous le ferions entre amis. Ce n'est ni plus ni moins que la remise au goût du jour de l'esprit de solidarité qui existait dans les villages d'autrefois. A la différence qu'à l'époque on ne choisissait pas ses voi­sins, on vivait avec eux pour le meilleur et pour le pire, alors qu'aujourd'hui, si on le souhaite, on a la possibilité d'habiter avec ceux qu'on a choisis.

 

L'habitat groupé va bien au-delà d'une addition d'habitats unifamiliaux qui n'auraient d'autres ambitions que de réduire les coûts communs. Il est bien évident qu'il n'y a pas d'intérêt à assembler des briques ensemble s'il n'y a aucune motivation supérieure à l'aspect matériel. Le concept suggéré ici est tout le contraire, il permet d'ouvrir de nouveaux horizons et de vivre avec nos voisins dans une dynamique collective et non plus apathiquement à côté d'eux.

Le maître mot de ce concept est« Regroupons-nous et partageons plus ensemble ». Favorisons les échanges de services, remettons à l'honneur le par­tage des compétences et partageons nos multiples ressources au lieu de les vendre. Partageons nos outils souvent onéreux qui habituellement sont multipliés par l'isolement. Vous allez faciliter et enrichir votre vie quotidienne, vous renforcer, vous équiper différemment et mettre en oeuvre des choses que vous ne feriez pas seul. Cela permet de renouer avec certaines valeurs essentielles comme la simplicité volontaire et d'autres principes d'écologie appliquée. A plusieurs, on peut partager des biens et des équipements communs et utiliser toutes sortes de ressources naturelles durables et performantes auxquelles on ne peut pas accéder seul.

 

Des voisins choisis

Vous allez y apprendre l'art de vivre ensemble tout en alliant l'intimité d'un chez-soi et toute la sécurité d'un « chez-nous partagé ». Rassurez-vous, ce mode de vie préserve malgré tout le bénéfice de la vie privée, l'espace et l'identité de chacun. Rien n'est jamais imposé, on se concerte toujours entre voisins, chacun doit y trouver sa place. Cette alternative

réaliste et constructive permet de créer avec des voisins qui se sont mutuelle­ment choisis un vécu social bien plus enrichissant. .

Pour ceux qui ont été éduqués dans un esprit individualiste, dans le rejet ou la peur des autres, vivre avec autrui peut n'être guère facile. Vivre de la sorte n'est peut-être pas la panacée. Tout le monde ne s'adapte pas en habitat groupé. Ce qui vaut pour les autres ne vaut pas néces­sairement pour soi. Certains se sentiront peut-être coincés par des aspects qu'ils ignoraient, dans lesquels ils se trouveront engagés malgré eux, d'autres se retrou­veront intégrés dans un projet trop res­treint au regard de leurs aspirations. Mais, si cela vous convient, il ne vous faudra pas bien longtemps pour constater que les avantages de cette manière d'habiter dépassent de loin le simple intérêt finan­cier attendu au départ.

Pour que cela fonctionne, il faut définir ce que l'on va partager, le « pourquoi on sera ensemble », puis choisir des che­mins pour y parvenir. Même s'il est plus facile de n'écouter que soi, cela demande pas mal de concessions et beaucoup de tolérance. Il faut apprendre à se mettre en question, accepter qu'il n'y ait pas que sa trajectoire individuelle qui soit la seule bonne : ce n'est pas qu'à l'autre de changer. Si on chemine ensemble, il faut nécessairement incurver sa trajectoire vers un chemin commun, parfois prendre un autre chemin que celui initialement envisagé et essayer de satisfaire au mieux les besoins vitaux de chacun.

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L'effet tremplin

Ce retour aux valeurs essentielles se concrétise par l'éclosion d'interactions spontanées entre voisins, comme condui­re les enfants à l'école, préparer un repas pour un voisin malade ou coudre des rideaux pour un autre, qui en échange va retourner votre potager. Vous allez orga­niser toutes sortes d'activités, comme de grandes fêtes ou de gros travaux que vous n'auriez jamais imaginé entrevoir seul auparavant. C'est l'effet tremplin. Dès l'instant où l'on est plusieurs, toutes les petites choses se démultiplient, gon­flent et prennent de l'expansion. Grâce à l'élasticité du tremplin, vous serez pro­pulsé plus loin. A dix ou vingt, vous allez entreprendre des choses plus audacieu­ses, plus complexes et bien plus rapide­ment que seul ou en famille. On n'hésite plus devant un travail important, chacun a sa spécialité, il y a toujours quelqu'un sur qui l'on peut compter.

Vivre de la sorte, c'est bien sûr se donner un coup de main quand cela est nécessaire, dire merci à toutes ces peti­tes fourmis qui ont aidé, mais c'est aussi savoir s'en abstenir, savoir dire non si on n'en a pas envie. La décision de vivre de cette manière va entraîner de profonds changements dans votre quotidien, vous ferez mieux les choses, de manière plus fiable, conforté par les compétences des autres.

 

La maison commune

Ce mode d'habitat ne vous empêche pas pour autant de concevoir et d'or­ganiser votre habitat personnel comme vous l'entendez. La plupart du temps, les maisons sont mitoyennes et autosuffisan­tes. Vous continuez à jouir de toute votre indépendance, mais, parallèlement à cela, vous disposez de tout un éventail d'es­paces mis en commun. L'idée étant de vivre sur un même terrain dans des mai­sons individuelles généralement groupées autour d'une maison commune, plutôt que dans des logements dispersés.

En effet, pour beaucoup d'habitats groupés, la maison commune est l'élé­ment incontournable que tout le monde partage. Cet espace est conçu pour le collectif, c'est aussi le privilège de se faire de nou­veaux amis.

recevoir toutes sortes d'activités collecti­ves, conviviales, divertissantes et surtout participatives. Il permet de désengorger votre maison privée et donc d'en réduire la taille, mais aussi de briser votre sen­timent d'isolement et d'accroître votre implication au sein du groupe. Toute l'architecture privilégie l'esprit collectif. Elle est étudiée en vue de favoriser les inte­ractions entre voisins et de permettre un voisinage amical et sécurisant où chacun puisse profiter d'une certaine intimité.

La maison commune contribue à faire naître la cohésion du groupe, le point focal d'où tout rayonne, qui favorise les inte­ractions entre les habitants. Elle doit être accueillante, de manière à ce qu'on s'y sente bien et que tout le monde ait envie de s'y rendre. L'espace doit être le plus polyvalent possible, il doit permettre d'y organiser des activités ludiques ou festi­ves. Mais on peut également y bénéficier d'un coin laverie, buanderie, télévision, musique, bibliothèque, couture, bricolage et, pourquoi pas, d'une chambre pour les invités. Lors de vos fêtes de famille, c'est l'occasion de profiter d'une infrastructure et d'un espace inespérés.

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Confiance, dialogue, entraide

La plupart des résidents se sentent en confiance; ils en oublient même d'utiliser leurs clés. Les portes restent souvent ouvertes la nuit ou lorsque l'on part plu­sieurs jours. La confiance règne, c'est une sorte de liberté nouvelle ! Nous connais­sons tous nos voisins, les personnes extérieures à l'habitat groupé sont très facilement identifiables. L'habitat collectif est une manière d'offrir une autre vision de la vie aux précarisés. Il leur permet de renouer des contacts avec d'autres et de reprendre confiance en eux. Le mélange des âges assure également une dynami­que stimulante et fort intéressante.

En principe, c'est tous ensemble qu'on accomplit régulièrement la plupart des

travaux d'entretien de la propriété lors de travaux communs. N'est-ce pas en travaillant et en prenant des décisions ensemble que l'on tisse des liens et qu'on se soude? Elles sont suivies de réunions régulières permettant diverses mises au point. Elles permettent de définir ensemble dans quel sens on souhaite s'orienter. On y accorde nos violons, on y réévalue nos désirs, on fait face à certains reproches ou certains comportements inadéquats, on y redynamise les énergies du groupe.

 

Pas de modèle type

Il n'y a pas de modèle particulier repro­ductible d'habitat groupé, tant les options et les types d'habitat peuvent être dif­férents. L'échelle des projets et le profil socioéconomique des résidents varient d'un projet à l'autre. Comme pour toutes les autres facettes de la vie, chacun crée son expérience et doit tracer sa route. Chacun a sa dynamique propre, ses forces ou ses faiblesses, mais garde tou­jours en ligne de mire le retour aux valeurs essentielles.

Bien que ce ne soit pas l'objectif en soi, l'habitat groupé permet, en étant plusieurs, d'accéder à la propriété. Les frais de construction vont se réduire for­tement, à commencer par l'achat d'un terrain collectif, bien plus vaste que celui que vous auriez àcheté seul. S'ensuivent de la même manière d'autres économies d'échelle comme le partage d'un archi­tecte commun, d'un entrepreneur unique ou l'achat de matériaux groupé.

 

Conseils pour démarrer

Un habitat groupé ne doit pas se créer dans l'urgence, ce projet demande à être mûrement préparé. Tout n'avancera pas toujours au rythme souhaité. Il faut faire preuve de patience, ne pas se créer trop d'attentes et rester réaliste. Le processus qui mène de la formation initiale du grou­pe à la construction, puis à l'occupation de l'habitation peut s'étendre sur une lon­gue période. Beaucoup piétinent et peu réussissent. Les personnes à l'initiative du projet ne seront peut-être pas celles qui émergeront.

Ce seront des moments forts, faits d'espoirs ou de déceptions. Dès le début, vous allez devoir apprendre à composer avec les autres. Lorsque l'on décide de se lancer dans une telle aventure, survient rapidement la question de la constitution juridique qui va cimenter de manière opposable les différentes parties en pré­sence. La jurisprudence est en constante évolution, extrêmement complexe et déli­cate à traiter. La spécificité de chaque projet impose de recourir à un montage juridique ou un contrat de propriété bien particuliers, les plus adaptés possible.

Le collectif est un atout : c'est une mine de partages et d'échanges de connaissances, mais aussi le privilège non négli­geable de se faire de nouveaux amis, sans compter les amis des amis, et rien que cela en vaut la peine !

Par Nes - Publié dans : Matière: vie communautaire
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